Aimé
de Dominique Sigaud-Rouff

critiqué par Laure256, le 12 janvier 2006
( - 52 ans)


La note:  étoiles
Hommage aux innombrables absents
Ce neuvième livre de Dominique Sigaud-Rouff, très court (88 pages), très certainement autobiographique (« récit », dit la page de titre), parlera à toutes les femmes, celles qui ont connu cela, celles qui ont une amie qui a connu cela, ou celles qui pourraient connaître cela. « Cela », c’est la fausse-couche, l’interruption involontaire et spontanée de la grossesse. Ce livre est l’hommage sobre et pudique d’une mère à son enfant qui n’a pas vécu, mais qu’elle aimait déjà, et qu’elle aurait appelé Aimé. Un hommage à tous ces innombrables qui n’ont pas d’autre place que celle que peuvent leur donner les mots. L’auteur dit aussi sans haine l’indifférence du corps médical, la froideur et la violence souvent, la bienveillance parfois. Seul ce récit laissera une trace tangible de cette plénitude éphémère, l’hommage d’une mère à son enfant : « je l’écris parce que je ne supporte pas l’idée qu’une fois encore il ne reste rien de toi, que je juge cette fois impossible que tu n’aies pas une place quelque part même si c’est sous forme d’encre et de mots. Je l’écris parce que ton départ est trop difficile. Je l’écris aussi pour les innombrables, ces infiniment nombreux qui comme toi un jour surgissent, espérés ou non, se logent en secret dans le creux de leur mère et disparaissent » (p. 42)