La vierge des tueurs de Fernando Vallejo

La vierge des tueurs de Fernando Vallejo
(La virgen de los sicarios)

Catégorie(s) : Littérature => Sud-américaine

Critiqué par Pucksimberg, le 4 décembre 2011 (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 45 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (12 869ème position).
Visites : 6 782 

Un véritable coup de poing !

J'ai découvert ce roman accidentellement suite à une conférence de Fernando Vallejo à Marseille qui présentait ce roman comme une oeuvre difficile, violente, religieuse, sensuelle. Cette association de termes assez contradictoires m'avait donné fortement envie de découvrir ce court roman. Quel choc !

Fernando Vallejo dépeint le quotidien de la Colombie : un enfer sans fond. Les adolescents tuent comme d'autres fumeraient des cigarettes ! A cause d'un mot, d'un regard, d'un refus d'éteindre la musique, on dézingue !

Le narrateur est un écrivain ( curieux... ), prénommé Fernando ( encore plus curieux ... ) qui tombe amoureux de l'un de ces sicaires ( ados meurtriers ). Cet adolescent le séduit par sa beauté angélique et par sa violence diabolique. Il compte déjà 250 morts à son actif. Alexis sera un ange exterminateur qui détruira tout ce qui entrave son bonheur et celui de son écrivain. Il est vrai que les quelques passages amoureux pourront agacer, voire gêner certains lecteurs, mais l'histoire d'amour n'est qu'anecdotique, c'est la réalité photographiée par la précision stylistique de Vallejo qui fascine et effraie. Ces meurtres quotidiens n'appartiennent pas au mythe de la Colombie fanstasmée par l'Européen, c'est un fait. Ces sicaires sont de pauvres ados traînant dans les rues qui doivent survivre et qui se sentent porteurs d'une mission quasi divine. Tuer devient un moyen d'être respecté, mais ces adolescents sont surtout perdus, sans répères ( affectif, familial, amoureux ... ). Les colombiens aussi ont un regard sévère sur le monde comme s'ils étaient maudits. Le narrateur est content quand une femme enceinte meurt car elle est criminelle en donnant naissance à un enfant dans un tel univers.

Le monde décrit est presque apocalyptique. Paradoxalement, il y a du sacré dans ces actes : les sicaires vont régulièrement à l'église pour demander pardon et demander de l'aide à la vierge des tueurs. Les adolescents tuent, meurent facilement, d'autres les remplacent, c'est un gouffre sans fond et glaçant.

Ce roman est dur et choquant, à l'image de cette triste réalité. Vallejo fait preuve d'un grand talent et malmène son lecteur à travers ces hommes meurtris avant même d'être nés.

Le film tiré de ce roman par Barbet Schroeder est fidèle au roman !

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Medellin, le cimetière des illusions

9 étoiles

Critique de Millepages (Bruxelles, Inscrit le 26 mai 2010, 65 ans) - 27 mars 2025

« Las comunas » sont ces quartiers défavorisés de Medellin, érigés à flanc de colline par des gens de la campagne venus y chercher une vie moins rude. À l’époque où est écrit le roman, ils ressemblaient plutôt à des bidonvilles. Pablo Escobar n’était déjà plus de ce monde, mais les trafics d’armes et de drogues, dont ces quartiers étaient un carrefour, continuaient à faire des ravages.
Pris entre les feux des innombrables groupes armés, les habitants sortaient le moins possible de chez eux. Dans ces conditions, les enfants n’allaient pas à l’école. Au mieux, ils jouaient à la guerre avec des armes factices. Au pire, ils étaient sous contrat et armés pour de vrai par l’un de ces groupes.
C’est le cas d’Alexis, devenu le compagnon du narrateur. À 17 ans, il fait figure de vieux : il lui reste si peu de temps à vivre…. Outre les assassinats prévus par le contrat, il n’hésite pas à éliminer toute personne qui gênerait son amant : une musique qui va trop fort, un mot de travers : PAN !
Cependant, qu’on ne s’y trompe pas, ce gamin a la sensibilité à fleur de peau : il se sent incapable d’achever un chien blessé sans perspective de guérison. Il fréquente aussi les églises, implorant sans doute la Sainte-Vierge de pouvoir mourir dignement et en bonne santé. Ce qui illustre bien la perte de sens complète de cette génération d’ados.

Tout au long des presque 200 pages, Fernando Vallejo manie l’humour noir, voire le cynisme, lui qui fait dire au narrateur : « ce pays a-t-il quelque chose de bon ? Bien sûr, ici au moins on ne meurt pas d’ennui ». Ni de vieillesse, j’ajouterais.
Ou encore «au moins ces tueries ont elles le mérite de compenser la natalité galopante de ces quartiers ».

Bref, l’atmosphère de la Medellin des années nonante est particulièrement gore.
Mais :

Medellín, la résurrection

Trente ans plus tard, la Comuna 13, l’un de ces quartiers les plus défavorisés décrits dans le roman, est passé du status de bidonville coupe-gorge à celui de haut lieu du tourisme colombien. Jusque-là très passives face au marasme vécu par leurs concitoyens, les autorités de la ville ont fini par prendre le taureau par les cornes : présence accrue de forces de l’ordre mieux armées, construction de maisons en dur, raccordement aux réseaux. Dans le même temps, les habitants se sont réappropriés leur quartier en en faisant une galerie d’art mural. Certes, tous les problèmes ne sont pas résolus et on découvre encore régulièrement des charniers où les victimes de ces années noires ont été entassées. Mais David, qui a lui-même vécu les affres décrits dans le roman en tant qu’ado et est aujourd’hui reconverti en guide, ne me cache pas son bonheur d’avoir vu son lieu de vie s’améliorer à ce point.
Ayant visité Medellin récemment, je tenais à témoigner de ce bel exemple de résilience qui pourrait servir d’exemple à d’autres lieux qui semblent durablement maudits.

Pour l'amour d'un Ange

8 étoiles

Critique de Oburoni (Waltham Cross, Inscrit le 14 septembre 2008, 42 ans) - 21 août 2012

Relatant sa liaison avec Alexis, un jeune adolescent de Medellin, quartier parmi les plus pauvres et violents de Colombie et de la planète, le narrateur fait plus que de nous livrer un roman sensuel, tissé de passion homo-érotique. Il donne surtout à voir ce qu'est la vie à Medellin, là où les cartels de la drogue règnent en maitres, les politiciens sont impuissants, la police absente ou inutile et la société entière à l'agonie, enlacée en une puissante étreinte par la pauvreté, la violence, la mort.

Alexis est en effet un "Ange Exterminateur", un "sicario", l'un de ces nombreux enfants sans enfance et qui ne grandiront jamais qui parcourent les rues armés de flingues, sèment la terreur et tuent non seulement pour vivre mais, aussi, pour satisfaire leur ego, ou pour des raisons aussi futiles qu'une radio trop forte ou une paire de chaussures.

D'un style laconique où perce à peine une révolte vite contenue, le narrateur nous plonge dans une réalité folle et horrible, dont on a pourtant bien du mal à croire qu'elle l'affecte -lui qui suit amoureusement Alexis dans sa course meurtrière.

Un roman terrible et glaçant.

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