Une saison douce
de Milena Agus

critiqué par Marvic, le 5 novembre 2021
(Normandie - 66 ans)


La note:  étoiles
Se rencontrer
Dans un village, ou plutôt un hameau sarde, arrive un groupe de réfugiés accompagné de quelques humanitaires. Que viennent faire ces personnes dans un endroit aussi pauvre, déserté de tous ses jeunes ?
Persuadés d’une méprise, les villageois commencent par les ignorer, les éviter, acceptant seulement de les loger en attendant leur départ dans une grande maison laissée à l’abandon appelée la Ruine.
Au fil des jours, certaines femmes vont rencontrer puis aider ces personnes qu’elles appellent les Envahisseurs. Et des liens commenceront à se tisser.
"Nous, nous sentir bonnes nous faisait du bien, même si la vraie bonté est une toute autre affaire."
Alors qu’il devient évident qu’ils vont rester encore quelque temps, des projets naissent, des groupes se forment, allant jusqu’à modifier l’ambiance du village, les relations entre ses habitants, à l’extérieur comme à l’intérieur des maisons.

Il y aura des échanges sur la religion bien sûr, des réflexions sur l’engagement des humanitaires qui partagent le quotidien des réfugiés.
"Vous voulez dire que les humanitaires sont tous de pauvres malheureux sans famille ou que ceux qui viennent en aide à autrui ne le font que par pur désespoir ?"
De l’humour aussi, les femmes s’interpellent, catégorisent, surnomment avec ardeur.

Un très beau récit sur la richesse des rencontres, la connaissance de l’autre. Et comment les réflexions induites par la découverte d’autres cultures permettent de réfléchir sur les choix de leurs vies sardes.
"Notre faute impardonnable avait été d’espérer que nos enfants réalisent ce que nous n’avions pas réussi dans la vie, que nos talents inexprimés mûrissent et se concrétisent en eux."

Ce n’est pas un roman sur le passé ou l’avenir des réfugiés mais sur le sort que leur réservent certains habitants ; dans un village lui-même sinistré, la capacité humaine à évoluer même lentement, à changer, en allant à la rencontre des gens différents , en acceptant d’autres façons de penser, de prier, de vivre, tout cela en fait une lecture attachante. Et on aimerait tant y croire…
Ce livre a été pour moi l’un des préférés de cette autrice.
sardes et femmes à la foi 10 étoiles

Sur le ton d’une fable, comme sait si bien le faire Milena Agus ("Mal de pierres"), "Une saison douce" est un récit troublant, mettant en scène la rencontre entre un groupe de femmes sardes et un groupe de migrants africains, fraîchement envoyés dans un petit village de Sardaigne, accompagnés de bénévoles humanitaires, en attendant le bon (ou le mauvais) vouloir de l’administration. La population de ce petit village mourant, où plus personne ne regarde vers l’avenir, va se diviser entre ceux qui rejettent ces intrus venus troubler leur (apparente) tranquillité, et un petit groupe de femmes, mues avant tout par la curiosité, qui vont les approcher et tenter d’améliorer leur quotidien. Parmi les "envahisseurs" un groupe d’irréductibles refuse de même tout contact, sous prétexte qu’ils n’ont pas traversé au péril de leur vie la Méditerranée pour se retrouver confinés aux portes de l’Europe. Un contact entre deux mondes, s’ignorant jusque-là, qui va, le temps d’une saison, redonner vie et espoir aux habitants du village dès lors que la glace va être brisée. Milena Agus salue le courage de ces femmes, ayant bravé méfiances et cancans pour faire le bien et redonner du sens à leur vie. Avec une grande sensibilité, sous couvert de raconter une histoire pouvant paraître étrange, Milena Agus aborde de nombreux thèmes essentiels. Un petit roman qui ne se laisse guère oublier…

Jfp - La Selle en Hermoy (Loiret) - 76 ans - 23 mars 2025