Le magicien de Colm Tóibín

Le magicien de Colm Tóibín
(The Magician)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Septularisen, le 8 juin 2024 (Inscrit le 7 août 2004, - ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 10 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (3 111ème position).
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THOMAS MANN, SA VIE, SON ŒUVRE, DANS UN LIVRE... "MAGIQUE"!

De la même façon que dans le livre «Le maître» (1), l’écrivain irlandais nous racontait la biographie romancée de l’écrivain Henry JAMES (1843 – 1916) (2), «Le Magicien» est donc la biographie romancée d’un autre «grand lion» de la littérature mondiale, j’ai nommé l’allemand Thomas MANN (1875 – 1955) (3).

On va donc suivre en parallèle la vie et l’œuvre du grand écrivain de sa naissance dans une famille de la haute bourgeoisie de la ville hanséatique de Lübeck (aujourd’hui dans le Land de Schleswig-Holstein, au Nord de l’Allemagne), ville qui lui inspirera d’ailleurs son premier grand roman à succès : «Les Buddenbrook», à sa mort en Suisse dans la petite ville de Kilchberg, juste à côté de la ville de Zurich.

On passera entre-temps par son mariage avec la fascinante Katia PRINGSHEIM (1883 – 1980), malgré son attirance pour les hommes, la naissance de ses six enfants (qui tous écriront des livres, bien qu’aucun n’atteindra jamais la célébrité de leur illustre père!..), ses séjours à Venise en Italie et au sanatorium de Davos en Suisse, auprès de sa femme qui lui inspireront respectivement «La Mort à Venise» et «La Montagne Magique», sa mue de bourgeois plutôt conservateur en farouche opposant au régime nazi, qui ira jusqu’à le déchoir de la nationalité allemande et à le forcer à l’exil d’abord en Suisse, puis en France et finalement aux États-Unis d’Amérique!

Colm TÓIBÍN (*1955) n’a pas son pareil pour nous raconter la petite histoire dans la grande, et l’on croisera au fil des pages des personnages comme Christopher ISHERWOOD (1904 – 1986) (4), Alma MAHLER (1879 – 1964) (5), Wystan Hugh AUDEN (1907 - 1973) (6), Bertolt BRECHT (1898 – 1956) (7) etc etc… Il nous fait revivre à travers les yeux de son personnage principal le destin de l’Allemagne dans la première moitié du XXe S. à travers les deux Guerres Mondiales qu’elle provoqua.
C’est écrit avec beaucoup de sensibilité, de délicatesse, de passion et dans un très beau langage, bien plus élaboré qu’il n’y paraît aux premiers abords. L’écriture est très visuelle, et c’est simple, quand il décrit les rues de certaines villes… On s’y croirait! Et, malgré les plus de 660 pages de ce livre, elles se tournent presque sans qu’on le remarque, tellement on est intéressé à connaître la suite de l’histoire. La preuve? Moi qui ne suis pourtant pas un «fan» des gros pavés, je dois dire que j’ai littéralement «avalé» ce livre!
Attention toutefois, - malgré une recherche certainement très approfondie de l’auteur irlandais -, il s’agit d’une biographie romancée, et donc, certains pans de l’histoire ont été entièrement reconstitués et imaginés par l’auteur. P. ex. l’histoire du Prix Nobel de Littérature dont Thomas MANN sera le lauréat en 1929, ne correspond absolument pas à tout ce que j’ai pu lire par ailleurs sur cette histoire. Le livre n’est pas «construit» de façon linéaire, l’auteur utilisant tout simplement certaines grandes dates de la biographie de l’écrivain allemand comme «jalons» de son histoire, et n’évoquant d’ailleurs ni sa naissance, ni sa mort…

Que dire de plus? Bon, puisque, à un moment il faut quand même le dire, autant que cela soit… maintenant! C’est vraiment un livre «magique»! C’est écrit d’une façon douce, paisible, avec des mots qui «coulent» d’eux-mêmes, s’entraînant l’un l’autre, comme l’eau dans une cascade! Pas un mot qui détonne par rapport aux autres, pas une phrase plus «haute» qu’une autre, c’est vibrant, stimulant, même quand l’auteur évoque les périodes les plus difficiles de la vie de l’écrivain, comme p.ex. le suicide de son fils Klaus (1906 – 1949) (8) ou son exil forcé de son pays natal. C’est facile d’accès, magistral, merveilleux, passionnant, une véritable leçon d’écriture! Et un mot, et je n’ai pas peur de le dire : C’est un chef-d’œuvre!

Est-ce pour autant un livre parfait? Non, bien sûr! (Est-ce que cela existe d’ailleurs?..). Il y a la fin p. ex. que j’ai trouvée un peu trop précipitée et trop rapide par rapport au reste du livre. Il y a aussi l’œuvre écrite de Thomas MANN à peine évoquée, reléguée au deuxième, si ce n’est au troisième plan, au profit notamment des descriptions des ses relations parfois «houleuses» avec ses six enfants et son frère Heinrich MANN (1871 - 1950) (9)…
Et ce qui m’a le plus «tapé sur les nerfs», c’est l’évocation de l’homosexualité de M. MANN, qu’il évoque et rabâche encore et encore et encore… A la moindre occasion, du début de sa carrière à la fin de sa vie… Lassant à la fin! On dirait que M. TÓIBÍN en fait véritablement une obsession!
Mais bon, disons que ces «petits» défauts ne «pèsent» pas grand-chose, face à l’écriture et à la beauté du livre et surtout à l’énorme coup de cœur que j’ai eu pour lui!..

Est-ce que je vous conseille la lecture de ce livre? Dois-je vraiment répondre à cette question? Vous aurez sans doute compris de vous-même la réponse à cette question!.. Je ne vous dirai qu’une chose : C’est sans doute le meilleur livre que j’ai lu depuis très, mais alors très très longtemps!..

Quoi? Vous ne l’avez pas encore lu? Précipitez-vous! Je vous assure qu’après la lecture de ce livre, vous ne serez simplement plus jamais le même lecteur qu’avant! Il y aura un avant et un après la lecture de ce livre… Mais, il n’y aura certainement pas de retour en arrière!..

(1). Cf. : Ici sur CL : https://critiqueslibres.com/i.php/vcrit/9857
(2). Cf. : Ici sur CL : https://critiqueslibres.com/i.php/vauteur/1825
(3). Cf. : Ici sur CL : https://critiqueslibres.com/i.php/vauteur/3177
(4). Cf. : Ici sur CL : https://critiqueslibres.com/i.php/vauteur/4759
(5). Cf. : Ici sur CL : https://critiqueslibres.com/i.php/vcrit/3684
(6). Cf. : Ici sur CL : https://critiqueslibres.com/i.php/vauteur/32488
(7). Cf. : ici sur CL : https://critiqueslibres.com/i.php/vauteur/2746
(8). Cf. : Ici sur CL : https://critiqueslibres.com/i.php/vauteur/15717
(9). Cf. : Ici sur CL : https://critiqueslibres.com/i.php/vauteur/25359

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Mann-mania

9 étoiles

Critique de Lobe (Vaud, Inscrite le 28 juin 2011, 30 ans) - 1 mars 2025

Je croyais n'avoir jamais lu Colm Tóibín, puis j'ai réalisé que si : il a rédigé un article en ligne que j'avais parcouru au début du mois de janvier 2025, au moment où des incendies mangeaient les banlieues huppées de Los Angeles. Il y parlait entre autres de la maison de Pacific Palisades de Thomas Mann, évoquée dans le roman Le Magicien au cours des chapitres sur l'exil californien du couple Mann. Dans l'article, Colm Tóibín rendait aussi hommage aux livres rares perdus dans des incendies, et je n'ai pas pu m'empêcher de penser que la catastrophe climatique, à sa manière, produisait des sortes d'autodafés non-sélectifs.

La situation géo/politico-environnementale de ces derniers mois (années ?) alimente une angoisse sourde, qui ne fait que monter. Lire cette biographie romancée de T. Mann et sa famille, dont la vie balaye toute la première moitié du XXème siècle, ne m'a pas franchement rassérénée. J'ai trouvé captivante la façon dont Tóibín relate les atermoiements de T. Mann, ses revirements politiques et ses prises de conscience, alors qu'il vit la montée du nazisme en Allemagne puis en Suisse.

Mais le contexte politique de ces années brunes n'est pas la seule matière du roman : ses relations à ses parents, sa fratrie, sa femme et ses enfants occupent une place prépondérante. Et puis, il y a les passages sur ses amours éphémères pour des hommes qu'il croise. Je trouve que ces brefs épisodes liés à l'homosexualité de Thomas Mann illustrent, avec grâce et parfois assez d'humour*, les affres de la vie d'un homme qui a fait porter à ses livres (entre autres, via le personnage de Pribislav Hippe dans La Montagne magique !) le poids des attractions qu'il a réprimées pour l'essentiel de son existence. Ça ne m'a pas pesé que cet élément constitutif de sa vie, et irriguant son œuvre, imprègne sa biographie.

*Ô que j'ai souri à la mention que T. Mann, accueillant deux agents du FBI dans son bureau dédié à l'écriture, s'interroge sur la pertinence d'avoir pour tableau compagnon la sensuelle et bien nommée peinture La Source, de Ludwig Von Hofmann.

Je rejoins Septularisen sur la beauté de l'écriture. Un livre proprement magique, donc.

D'ailleurs, quand j'écris ces phrases, la page de recherche qui renvoie à ce livre affiche deux critiques, or je ne vois que celle de Septularisen. Était-ce un signe surnaturel, pour me pousser à rédiger la deuxième critique, celle que ce même Septularisen a demandée ? Quoi qu'il en soit, ça a marché.

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