Les Thibault, tome 2 : La Mort du père - L'Eté 1914 (Début) de Roger Martin du Gard

Les Thibault, tome 2 : La Mort du père - L'Eté 1914 (Début) de Roger Martin du Gard

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Saint Jean-Baptiste, le 10 février 2025 (Ottignies, Inscrit le 23 juillet 2003, 89 ans)
La note : 9 étoiles
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Une page d'Histoire

Le premier des deux volumes du tome II des Thibault commence par « La Mort du Père ». Et on ne peut pas dire que ce soit très joyeux. Le malheureux agonise pendant 75 pages… Excusez du peu ! On se demande ce que Roger-Martin du Gard a voulu nous dire que nous ne sachions déjà : peut-être que ce n’est pas drôle de mourir ? Ça m’a fait penser à certains peintres, tel Goya, qui ont mis un talent fou à peindre des choses affreusement tristes et pénible à voir. Mais ce livre fait 190 pages et la suite nous réserve des moments de toute beauté. Par exemple quand le fils Antoine dépouille les affaires personnelles de son père et découvre les secrets de sa vie passée. Ou les pensées du second fils qui regrette de ne pas avoir aimé son père. Et puis les discours à la gloire du père Thibault lors de ses obsèques qui révèlent à ses fils tout un côté de sa vie publique qu’ils ignoraient. Là on retrouve le grand auteur classique qui nous décrit les pensées et les états d’âmes de ses personnages avec une densité extraordinaire et on est impatient de lire le volume suivant intitulé L’Été 1914.

L’ÉTÉ 1914 est tout à fait différent. Le jeune fils Thibault, plus rebelle que jamais, est retourné à Genève où il a retrouvé son groupe qui rêve d’un monde nouveau avec l’avènement du Grand Soir et la dictature du prolétariat. C’est un monde interlope composé de marginaux, d’éclopés et de révoltés venus de partout. On y discute des grandes questions qui ont agité tout le début du XXème siècle : la fin du capitalisme, la mort des riches, le communisme révolutionnaire… et le risque imminent d’une guerre mondiale. Nous sommes en juillet 14. Là encore Roger-Martin du Gard déploie tout son talent pour nous plonger dans l’atmosphère de ces débats comme si on y était.

Mais, comme toujours, le récit est long et l’action est lente. Il faut aimer ça. L’actualité est racontée par les conversations entre les participants, qui sont entrecoupées de descriptions des personnages, de leurs allées et venues, de leurs attitudes et de leurs apartés, ce qui rend le récit vivant et très fouillé mais, lent.

Dans ce groupe, Jacques Thibault est ce qu’on pourrait appeler un agent de renseignement. On l’envoie aux nouvelles dans toutes les capitales de l’Europe, notamment à Paris où, entre ses visites aux rédactions des grands quotidiens, il retrouve Antoine son frère aîné. Cette rencontre des deux frères est un modèle d’observation et de finesse. L’auteur a l’art de nous montrer que, malgré les divergences d’opinion qui frôlent souvent les disputes, l’amour fraternel est plus fort que tout.

On le sait, lors de ce mois de juillet 1914 le sort du monde s’est joué sur un coup de dé et l’auteur nous raconte ces journées historiques, sur le terrain ; on est dans la rue, on entend les échanges d’opinions entre les passants et on lit les journaux. L’auteur nous fait passer l’extraordinaire fébrilité des politiciens et la folle inquiétude des populations qui voient la guerre arriver. C’est, une fois de plus, comme si on y était.

Jacques Thibault et ses camarades communistes espèrent toujours qu’un soulèvement insurrectionnel de tous les prolétaires d’Europe pourrait empêcher la guerre. On assiste alors à un moment extraordinaire de ce mois de juillet 1914 : une gigantesque manifestation du prolétariat européen organisée à Bruxelles, pour « faire la guerre à la guerre », avec l’Internationale, chantée, hurlée, par tout un peuple chauffé à blanc par les discours des grands ténors de la gauche européenne. Cette gigantesque manifestation est racontée d’une manière ahurissante. On pense à du Zola, le grand Zola de « L’œuvre » et de « Germinal » dans sa façon de raconter ces immenses mouvements de foule. C’est du grand art et le lecteur de belle littérature se régale en attendant de trouver le temps pour lire le troisième tome de cette fresque gigantesque qui s’est présentée, dans ce deuxième tome, comme une page d’Histoire vécue au jour le jour par les personnages du roman.

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