Paris des jours et des nuits de Patrick Modiano
Catégorie(s) : Littérature => Francophone

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Paris des mystères et des doutes
De si braves garçons, 1982, critiqué le 11 mai 2014 ; 5 sur 5
Cet auteur bien connu, au style en effet bien reconnaissable, retrace ici des souvenirs de son collège privé, des personnalités du directeur, des enseignants et camarades, des activités sportives et théâtrales, des interdictions de sorties, des moments de convivialité, d'ennui, de sa nostalgie, des rencontres.
Tout cela est mignon et suranné, comme la consultation d'un vieil album photo. De ces quasi-saynètes, il n'en ressort rien de vraiment saillant, de bien original. L'atmosphère est certes retranscrite, on se visualise dans les murs et le jardin de ce bahut de temps révolu, mais cela ressemble à un aimable carnet de notes éparses.
C'est agréable et vite lu ; j'ai découvert plus profond et plus dense de cet auteur. On peut se laisser tenter.
Quartier perdu, 1984, critiqué le 15 septembre 2012 ; 4,5 sur 5
Cet écrivain britannique est en réalité français, à la surprise de son éditeur japonais. Il profite de cette rencontre, pour revenir sur les lieux de son passé, et y fait des rencontres de personnalités connues jadis, lors de son enfance à Paris. Les personnages réapparaissent comme ayant vieilli tout soudain, le passé est reconstitué sous ses yeux, de manière fort énigmatique, presque comme un polar feint, sans raison apparente.
Il vogue, comme un spectre, dans cette cité perdue et oubliée, parmi des ombres refaisant surface dans sa vie.
La question essentielle est de savoir jusqu'où va aller le protagoniste-narrateur : va-t-il reprendre sa vie d'antan, jouer les détectives, renouer entièrement avec les acteurs de son ancienne vie. S'il semble aller assez loin, ira-t-il jusqu'au bout de la démarche ? reviendra-t-il à Londres ? renoncera-t-il à ces retrouvailles ?
L'atmosphère est profondément énigmatique, et m'a totalement aspiré. L'intrigue est bien faite, tout en semblant rester quelque peu vaporeuse. Je ne suis pas certain de partager sa vision du passé ; et, là, je ne peux malheureusement pas vous en dire plus, car j'en divulguerais trop.
L'ambiance ressemble bien à celle, habituelle, des romans de Patrick Modiano. La réflexion sur le poids des souvenirs m'a intrigué et vivement intéressé : c'est l'un des écrits que j'ai préférés de l’auteur.
Voyage de noces, 1990, critiqué le 25 décembre 2024 ; 4,5 sur 5
La guerre et l'Occupation approchent et finissent par advenir. Le narrateur retrace les lieux de ses amours, ceux qu'il apprécie, et s'enquiert d'une femme aimée, d'une autre disparue. Commence une longue quête, via une série de séjours en villégiatures, de promenades urbaines qui retracent des souvenirs, mènent sur des pistes d'explications.
Ce roman apparaît commode facture classique pour les romans de l'auteur. Il relate ainsi son attirance pour les quartiers périphériques de Paris. L'Eglise d'Auteuil, l'avenue Daumesnil et La Porte Dorée figurent en bonne place dans les descriptions de cet opus.
Ce dernier s'avère fort intriguant, un tantinet mélancolique, entre angoisse et recherche de beauté et de bonheur malgré tout. J'aime beaucoup.
Brassaï de la nuit
Patrick Modiano revient sur le parcours d’un photographe qui a aimé Paris, le montrer, de nuit mais aussi de jour, en noir et blanc, dans ses aspects festifs, pour faire continuer à vivre les années 1930 dans la capitale. Modiano vient y ajouter un état d’esprit, une atmosphère, comme pour mettre en mouvement ces clichés et en rappeler l’esprit général
Un cirque passe, 1992, critiqué » le 27 décembre 2024 ; 4 sur 5
Deux jeunes gens sortent d'un interrogatoire, et viennent à échanger sur cette expérience imposée au café d'en face. Le hasard de cette coïncidence est filé : les deux protagonistes s'aventurent dans une relation amoureuse, alors que Jean comme Gisèle sont livrés à eux-mêmes, entre expédients et études-prétextes non réellement suivies. Ils se promènent dans Paris, notamment dans les fameux quartiers périphériques, si chers à l'auteur, et des propositions de services énigmatiques leur sont faites.
Le mystère de l'intrigue et les déambulations urbaines constituent les ingrédients ordinaires des romans de l'écrivain, qui nous a habitués à sa chère petite musique, qui réussit néanmoins à chaque fois à susciter l'intérêt, au sein d'une atmosphère languide et mystérieuse.
Du plus loin de l’oubli, 1996, critiqué le 27 décembre 2024 ; 4 sur 5
Quelques mois à partager l'existence de Jacqueline a suffi à façonner toute une vie. Cet amour est devenu presque obsessionnel, au point d'être ressassé, comme si rien d'antérieur n'avait plus d'intérieur et tout ce qui suivait servait à le reconstituer.
Un passé marquant, même fort court, sert de raison d'être, justifié ces envies à baguenauder, notamment dans les quartiers périphériques de Paris, pour guetter un détail, propose au souvenir. Beaucoup d'ingrédients habituels sont restitués dans cet opus, également si propice à reconstituer ... l'atmosphère propre à Modiano, pleine de ces souvenirs qui font du bien, qui vont ont construit et vous défont un peu également. Ça fait réfléchir sur l'importance de la réminiscence des détails de son existence.
Des inconnues, 1999, critiqué le 29 décembre 2014 ; 3,5 sur 5
Ces trois femmes se ressemblent dans leurs échecs, leurs combats, leurs espoirs, leurs doutes et angoisses concernant leur passé. Ces trois destins semblent se croiser, l'histoire donne l'impression de se répéter de manière inéluctable, avec une même importance des lieux, de l'enfance, des douleurs passées à gérer.
Les ingrédients des romans de Modiano sont retrouvés ici, presque fidèlement, ce qui peut donner l'impression, généralement trompeuse, de facilité, en effet.
Ici, en l'espèce, l'idée est originale, pour décliner une nouvelle fois ses thèmes favoris ; mais cet opus manque de souffle, d'audace, d'originalité. Il aurait pu aller plus loin dans la comparaison, peut-être par un croisement. Je me suis senti un peu sur ma fin, bien que rasséréné par cette petite musique bien faite.
Donc, globalement, cela se laisse lire, avec un certain intérêt, mais ce livre manque un peu de flamme, de la profondeur habituelle retrouvée habituellement chez cet auteur, que j’affectionne.
La Petite Bijou, 2001, critiqué le 14 juillet 2011 ; 4 sur 5
Cette jeune femme abandonnée recherche sa mère, disparue au Maroc, sans trop se l'avouer, et erre au sein de ses petits boulots et de ses fréquents déplacements en métro. L'ensemble des petits détails de sa vie, et de celle des autres qui alimente la sienne par procuration, n'auraient pas d'importance si elle ne souffrait pas de la vacuité de son existence, qui est le fruit d'un manque. Ce constat, elle finit par le comprendre ; au fur et à mesure, les choses deviennent plus nettes, la tension grandit, en effet.
La trame est bien menée ; on y est attiré, on y repense. Le style clinique rend l'ensemble un peu froid et distancié, ce qui permet de traduire et comprendre les errements de la protagoniste. S'il n'y a rien de transcendantal dans ce roman, un peu trop dans l'introversion, il reste assez touchant et bien conçu.
Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, 2014, critiqué le 12 octobre 2014 ; 4 sur 5
Un écrivain est contacté par un supposé admirateur qui vient lui rendre un carnet d'adresses qu'il a égaré. Ils finissent par se rencontrer. Méfiant, l'écrivain désire que ce soit dans un endroit neutre. L'étranger des personnages de ses livres, l'un d'entre eux ayant son nom dans le fameux carnet. L'auteur ne s'en souvient pas, et, vu le nombre de chiffres de son numéro de téléphone, il y a été inscrit depuis plus de trente ans.
Cet étranger l'est-il tant que cela ? D'où vient ce nom étrange, manifestement issu du passé, qu'il a donc utilisé dans un roman, sans s'en souvenir ? L'auteur est donc fortuitement invité à mener une enquête sur lui-même, sur son enfance, son parcours scolaire, son état de santé, sa vie à Saint-Leu-la-Forêt, petite commune pavillonnaire, donc paisible, du nord de l'Ile-de-France. Les détails finissent par être dévoilés, les informations sont petit à petit corroborées, parfois dans la méfiance ou au prix des réactions dubitatives de ses interlocuteurs.
Une nouvelle fois, ce roman est imprégné d'une atmosphère énigmatique, dont cet auteur a le secret. Elle sert à dépeindre les difficultés à se retourner sur son passé, les avanies de la mémoire. Une grande pudeur sert au traitement de la narration. Il nous est donc présenté ici une nouvelle variation sur un thème bien connu, d'une musique familière, que j'avoue apprécier, douce, peu active, certes, tournée vers l'introspection et les difficultés de se souvenir de sa propre vie.
Voilà encore un joli moment un peu brumeux, dont la quête consiste à s'éclairer sur son propre parcours, donner un peu de sens à son existence, un peu de recul sur soi-même.
Ce roman est donc intéressant, et je l'ai apprécié.
Encre sympathique, 2019, critiqué le 5 octobre 2019 ; 4 sur 5
Noëlle Lefebvre... Qui est-ce bien déjà ? C'est ce que se demande le narrateur. Il retrouve ce nom dans un dossier de l'agence où il travaillait, tenue par un certain Hutte. Il devait aller chercher le courrier de cette dame à la poste restante, dans le XVe arrondissement de Paris, où il lance ses investigations. De fil en aiguille, il retrouve d'autres noms liés à cette dame, rencontre certaines de ses personnes, intriguées ou émues par une démarche peu claire il est vrai. Il finit par en retrouver trace à Rome.
Fidèle à son mécanisme habituel, l'auteur part à la recherche d'explications et de souvenirs, face à des souvenirs évaporés, au moyen tout aussi usuel d'une enquête quasi-policière. Si la démarche reste assez vaine, elle ne l'est jamais tout à fait, sa sincérité transpirant et acquérant au passage la confiance instinctive des personnes rencontrées. Cela reste charmant, intrigant et intéressant.
Les éditions
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Paris des jours et des nuits [Texte imprimé], Romans
de Modiano, Patrick
Gallimard / Quarto
ISBN : 9782072948749 ; 27,00 € ; 26/09/2024 ; 1024 p. ; Broché
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