Jezabel
de Jossya Lumina

critiqué par El Gabal, le 28 décembre 2024
(Strasbourg - 36 ans)


La note:  étoiles
L'ultime confession de Baudelaire
Jézabel, l’ultime confession de Baudelaire

Dans Jézabel, Jossya Lumina invite le lecteur à un voyage littéraire singulier, un dialogue imaginaire entre Charles Baudelaire et une énigmatique figure féminine. Alors que le poète est à l’aube de la mort, une ombre plane sur ses derniers instants : celle de Jézabel, une créature irréelle, muse ou spectre, incarnation de ses tourments et de ses aspirations.

Mais qui est-elle vraiment ? Ange gardien veillant sur ses derniers souffles ? Émissaire de la mort venue sceller son destin ? Ou encore incarnation de cet idéal féminin qu’il n’a cessé de poursuivre dans ses vers ? Lumina laisse planer l’ambiguïté, et c’est dans cet entre-deux – entre vie et mort, réel et imaginaire – que s’épanouit ce long poème en prose.

Un dialogue brûlant d’intensité

Le roman se présente comme une confession d’une rare intensité, où Baudelaire, confronté à ses propres abîmes, converse avec Jézabel. Leurs échanges sont tissés dans une langue incandescente, riche et précieuse, à l’image de l’univers du poète. Ce dialogue onirique, à la fois intime et universel, semble capter l’essence même de l’œuvre baudelairienne, tout en y insufflant une voix nouvelle.

Lumina parsème son texte de multiples références à l’univers du poète : les ombres des Fleurs du mal et du Spleen de Paris hantent ces pages, tout comme les grandes figures littéraires et artistiques du XIXᵉ siècle. Flaubert, Hugo, Wagner, Delacroix ou encore Gautier apparaissent, telles des présences tutélaires, donnant corps à un siècle en effervescence, tandis que le Paris de cette époque renaît sous une plume qui célèbre la ville lumière avec une sensualité rare.

Entre Satan et Dieu

L’un des mérites majeurs de ce texte réside dans sa capacité à réactiver le dualisme profond de l’œuvre de Baudelaire. Tout comme le poète, Jossya Lumina convoque Satan et Dieu, faisant écho aux Litanies de Satan et à ce qu'il faut bien nommer un satanisme littéraire et symbolique. Jézabel elle-même, figure ambivalente, pourrait être vue comme une médiatrice entre les vivants et les morts, une passeuse d’âmes, à la fois séraphique et démoniaque.

Cette tension entre le sacré et le profane, la pureté et la décadence, résonne avec les gouffres intérieurs du poète. Baudelaire y est saisi dans toute sa complexité : un homme fragile, rongé par ses failles et ses tourments, mais également un génie du raffinement et de la sensibilité. Au fil des pages, la frontière entre réalité et fiction se brouille, au point que l’on se demande si cette confession n’est pas celle de Baudelaire lui-même.

Une plongée dans l’âme du XIXᵉ siècle

Mais Jézabel n’est pas seulement une œuvre sur Baudelaire. C’est aussi une déclaration d’amour à un XIXᵉ siècle finissant, où les débats intellectuels et artistiques façonnaient encore le monde. Les préoccupations de cette époque, son bouillonnement créatif et ses contradictions transparaissent à chaque instant. Lumina y dépeint un Paris à la fois tangible et mythifié, un décor vivant où s’entrechoquent passions humaines et aspirations transcendantes.

Une œuvre entre hommage et création

Jézabel est une œuvre qui, tout en rendant un hommage érudit à l’un des plus grands poètes de notre littérature, propose une création profondément originale. En mêlant l’onirisme au réalisme, en explorant les thématiques baudelairiennes avec une voix nouvelle, Jossya Lumina signe un roman qui dépasse la simple évocation pour devenir un véritable acte poétique.

C’est un livre pour les amoureux de la poésie, mais aussi pour tous ceux qui souhaitent plonger dans l’âme d’un artiste aux prises avec ses propres contradictions. Lumina nous rappelle avec force que la littérature est, avant tout, une quête d’absolu, un dialogue avec l’invisible.