Marolles de Alain Van Crugten

Marolles de Alain Van Crugten

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Débézed, le 1 avril 2025 (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 77 ans)
La note : 8 étoiles
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La traversée du vingtième siècle à Bruxelles

Après avoir lu il y a à peine quelques semaines seulement, « Korsakoff », écrit en 2003 et réédité en 2024 par M.E.O., je viens de terminer « Marolles » du même auteur. Le premier opus raconte la vie du petit Alain, enfant rouquin harcelé par ses camarades de classe et malmené par sa grand-mère et son père. C’est aussi l’histoire de la famille paternelle d’Alain, celle de cette grand-mère paternelle peu chaleureuse et celle, apparemment fantasmée de sa carrière d’espion à la solde du KGB.

Dans Marolles, Alain raconte l’histoire de son autre famille celle de ses parents et de ses quatre sœurs, la traversée d’un siècle à travers Bruxelles depuis les Années folles jusqu’à maintenant ou presque. Alain et le fils de Charlotte la dernière-née de la famille de Ferdi et Meeke Thomm un couple qui a longtemps vécu dans le quartier, alors très populaire, des Marolles. Ferdi travaillait dans la bâtiment, buvait un peu trop et est décédé beaucoup trop jeune. Meeke est morte très âgée après avoir vendu des fleurs avec sa charrette Marolles puis place de la Bourse. La famille était pauvre, il vivait à sept dans trois pièces : la cuisine ou dormait Louis, la chambre des parents et la sous-pente des filles. La mère se débrouillait pour nourrir sa famille avec les quelques sous qu’elle gagnait et le peu que son mari lui donnait.

Je ne vais pas vous donner le nom de tous les personnages car l’auteur profite de ce texte pour rappeler que la Belgique n’est pas que bilingue. La langue flamande qu’elle parle est en fait une accumulation de patois locaux et qu’il existe un parler spécifiquement bruxellois que seul les anciens connaissent encore un peu. Meeke et Ferdi parlait ce langage vernaculaire presque exclusivement, les enfants, eux, avait appris le français à l’école. Alain utilise donc les noms dans leurs versions française, flamande, bruxelloise et parfois des surnoms prononcés dans les trois langues parlées à la maison. Pour éviter les confusions et les méprises, j’éviterai donc les noms propres et me contenterai de désigner les personnages par leur statut familial.

Donc, Alain, l’auteur, est le petit-fils de Meeke fleuriste ambulante et de Ferdi employé dans le bâtiment qui ont élevé cinq enfants, quatre filles et un garçon, dans leur taudis du quartier des Marolles jusqu’à ce que les filles les plus âgées quittent la maison, après le décès du père. Il est le seul petit enfant du couple, né de la dernière des filles et de son père, Omer Van Crugten, descendant d’une famille Hollandaise.

Dans ce texte, il fait revivre le Bruxelles du XX° siècle et ses quartier populaires dont les Marolles et toutes les époques que la ville a traversées : les guerres, les années de liesses, les années de pénurie, les grandes transformations, les chantiers pharaoniques qui ne s’achèvent jamais. Il raconte l’histoire de chacun des membres de la famille : les naissances des enfants, les grandes frayeurs, les carrières professionnelles, les mariages, les divorces, la naissance des enfants et du seul petit-enfant et puis les décès.

C’est une véritable page de l’histoire de Bruxelles qu’écrit l’auteur, l’histoire de la transformation d’une ville encore modeste, quasi provinciale, au début du XX° siècle en une capitale européenne à la fin de ce même siècle. C’est une véritable illustration sociologique de cette transformation où la langue française s’est installée comme langage principale, où les langues vernaculaires sont de moins en moins usitées et où apparaissent de nouvelles langues attirées par les institutions européennes et portées par le flot des migrants. Alain connait si bien cette ville, son histoire, sa population, ses mœurs, sa culture, …, qu’avec sa finesse et son humour, il nous les fait aimer plus encore. Moi, qui connais un peu cette ville, qui ai lu beaucoup de textes l’évoquant, qui ai traîné mes baskets aux Marolles, aux Sablons, place de la Bourse et ailleurs encore du côté du Palais Royal et de la Grand Place, j’ai dégusté ce texte me voyant encore déambuler entre la ville basse et la ville haute reniflant cette ville qui m’a séduit pour toujours.

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