Cyber China de Xiaolong Qiu

Cyber China de Xiaolong Qiu
(Enigma of China)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone , Littérature => Asiatique , Littérature => Policiers et thrillers

Critiqué par Ardeo, le 25 novembre 2013 (Flémalle, Inscrit le 29 juin 2012, 77 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (25 862ème position).
Visites : 5 221 

Les aventures de Chen au cybercafé

Il y a peu, j’ai découvert Qiu Xiaolong avec « Mort d’une héroïne rouge » et tout naturellement, puisque ce roman m’avait bien plu, je m’en suis procuré un autre, en fait son dernier puisque « Cyber China » date de 2012. Par rapport à « Mort… », la nouveauté, c’est que l’inspecteur Chen a été promu et est devenu « quelqu’un » dans le Shangaï où il vit et où il travaille. De plus, il compose avec les nouvelles technologies et nous voyons que -comme dans bon nombre de romans contemporains- interviennent les « portables », les ordinateurs, les blogs, les réseaux sociaux, les gps …. Qiu nous montre que comme partout dans le Monde, la Chine est en train d’évoluer autour de ces technologies et que si les effets pervers sont nombreux, malgré tout, l’Internet et les moyens de communiquer entre citoyens vont peut-être empêcher qu’elle se perde dans ce socialisme bien « libéral » avec des riches de plus en plus riches, des classes de plus en plus marquées, de la corruption à tous les niveaux et un Parti omniprésent qui défend bec et ongles les privilèges dont bénéficient ses membres les plus influents !
L’histoire débute par le suicide d’un haut cadre qui avait été placé sous shuanggui (sorte de mise sous surveillance dans un hôtel hyper surveillé par différentes instances officielles) et qui semble bizarre à Chen, chargé de superviser puis d’accréditer la thèse des partisans de cette mort par suicide. Un autre policier subalterne est chargé de l’enquête "de routine" proprement dite et bientôt, des « étrangetés » apparaissent. Une deuxième mort violente plongera Chen dans le cœur de l’affaire et il va rencontrer des personnes qui ont eu affaire de près ou de loin avec les décédés : un blogueur, une journaliste, des collègues méfiants, des collègues coopérants, une « petite secrétaire » … Chen va découvrir ce qu’il savait déjà, c’est-à-dire cette immense corruption qui gangrène son pays et il décidera de mener l’enquête jusqu’à sa conclusion malgré les manœuvres pour le décourager d’aller à la vérité venant de toutes parts et malgré sa position privilégiée en tant que haut responsable dans la police officielle.
A côté de cela, Chen reste un homme cultivé épris de littérature et de poésie, amateur de choses raffinées, de vins fins et de cuisine traditionnelle savoureuse mais aussi un homme généreux vis à vis de ses semblables et attentif à sa vieille mère. Le roman est semé de nombreux poèmes de son cru ou d’auteurs chinois renommés (poèmes qui peuvent être lus en rapport avec les avancées de l’enquête ou les états d’âme de notre héros) et de descriptions minutieuses des nombreux repas dans la plus pure tradition de la cuisine chinoise.
Certains de ces nombreux poèmes inclus dans le livre ou des descriptions de repas empêchent souvent le « suspense » de se dérouler mais au total, le roman est plaisant, instructif sur cette Chine encore si lointaine pour nous occidentaux et fort bien écrit.

Connectez vous pour ajouter ce livre dans une liste ou dans votre biblio.

Les éditions

  • Cyber China [Texte imprimé], roman Qiu Xiaolong traduit de l'anglais (États-Unis) par Adélaïde Pralon
    de Qiu, Xiaolong Pralon, Adélaïde (Traducteur)
    Points / Points (Paris)
    ISBN : 9782757833919 ; 7,40 € ; 06/06/2013 ; 330 p. ; Poche
»Enregistrez-vous pour ajouter une édition

8ème opus de la série inspecteur Chen

8 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 68 ans) - 25 janvier 2025

Précisons d’abord que Qiu Xialong, né à Shangaï, vit depuis 1988 à Saint-Louis (Missouri) après avoir vu son père victime des Gardes Rouges pendant la Révolution Culturelle. Les évènements de Tian Anmen l’ont convaincu de ne pas rentrer à Shangaï. Il a donc, vivant hors de Chine, une certaine liberté de parole vis-à-vis de son pays de naissance.
Pour autant, si ses constats sont lucides, il est modérément critique sur l’attitude des dirigeants en place. La corruption est quand même une de ses cibles, ainsi que le népotisme et l’arbitraire.
Pour qui lit des polars pour mieux connaître les sociétés et mœurs d’autres pays, d’autres civilisations, cet ouvrage est un bonheur de lecture.
Corruption, corruption … En Chine ? Vous n’y pensez pas ! Dans ce pays où préserver les apparences est bien l’essentiel le déchainement des cybernautes sur internet vis-à-vis des cas les plus visibles de corruption déplait au Parti communiste, au pouvoir donc.
Zhou, un cadre haut placé – et donc membre du PC chinois, forcément – de la municipalité de Shanghaï (il était en fait Directeur de la Commission d’urbanisme de la ville, un poste à haut potentiel de corruption !) a fait l’objet d’une chasse à l’homme effrénée pour avoir exhibé, par inattention, une montre d’une valeur incompatible avec des revenus normaux. Il a été retrouvé pendu alors qu’il était comme en résidence surveillée, officieuse mais réelle, (« shuanggui ») par les autorités policières dans un des grands hôtels de la ville. Suicide ou assassinat ?
L’inspecteur Chen n’est plus trop en odeur de « sainteté communiste » en raison de sa relative indépendance d’esprit mais on a besoin de lui comme d’une caution morale dans l’enquête qui a lieu, sous la direction d’un inspecteur Wei, ancienne connaissance de Chen. Chen est donc promu conseiller spécial, un peu le cache-misère.
La vérité importe peu, ce qu’on veut c’est éviter les vagues, préserver la face ; la conclusion souhaitée est implicite, le suicide arrange le pouvoir. Seulement voilà, les choses ne sont pas si claires, et surtout, Wei a dû trop s’approcher de la vérité et il est astucieusement éliminé, renversé par une voiture qui a pris la fuite. Une exaction de trop pour Chen qui va s’employer à faire surgir la vérité « vraie », naviguant à l’aveugle parfois, au milieu de requins des affaires (l’immobilier notamment) et de la politique (politique étant égale à Parti communiste et ses caciques).
C’est un monde qu’on peine à entrevoir dans notre Occident bien plus transparent (bien que parfois …) mais surtout pas corseté par un pouvoir politique unique, omniscient, omnipotent, et sans scrupules. C’est la Chine actuelle et merci à Qiu Xiaolong de nous en donner à comprendre des éléments !

Forums: Cyber China

Il n'y a pas encore de discussion autour de "Cyber China".